Contrôle continu intégral : décryptage

Contrôle continu intégral : décryptage

Que se cache t’il derrière l’acronyme CCI ? Pourquoi cette notion fait-elle tant débat actuellement ? Voici un petit résumé de la situation pour vous faire une idée des enjeux que soulève l’application du contrôle continu intégral dans les universités françaises.

Qu’est-ce que le CCI ?

Le CCI, abréviation de Contrôle Continu Intégral, peut se définir comme une évaluation s’effectuant tout au long du semestre, sans seconde session. Mais cette définition a longtemps fait débat et pour bien la comprendre, il faut revenir en août 2011 lors de la promulgation de l’arrêté Licence. Le ministère de l’éducation et de l’enseignement supérieur travaillait alors sur un article définissant la formation « licence » et cadrant le déroulement de cette formation afin que « la licence soit un diplôme national de l’enseignement supérieur conférant à son titulaire le grade de licence et conférant les mêmes droits à tous ses titulaires, quel que soit l’établissement qui l’a délivré. » Dès le lendemain de la promulgation dudit arrêté, Patrick Hetzel, alors Directeur Général à la Direction de l’Enseignement Supérieur et à l’Insertion Professionnelle (DGESIP), publiait un courrier précisant que contrôle continu et rattrapage n’étaient pas compatibles. Il invente alors la notion de contrôle continu « intégral », inexistante dans le code de l’éducation. En effet, un contrôle continu est l’opposé d’un contrôle terminal, on peut donc le définir comme une succession d’épreuves sanctionnant l’acquisition par l’étudiant des connaissances et compétences cibles. Mais ce que défend Patrick Hetzel, c’est une approche différente de l’apprentissage. En effet, le contrôle continu intégral se définit plus comme une évaluation continue, appréciant une progression entre des traces successives d’apprentissages, plutôt que de contrôle, sanctionnant de manière statique l’acquisition de notions. Dans cette définition, les rattrapages sont intrinsèques à la formation puisqu’une deuxième chance est déjà donnée à l’étudiant via les différentes évaluations effectuées tout au long de l’année. Une mauvaise note peut être rattrapée, car une même compétence est évaluée au minimum deux fois dans l’année.

Pourquoi le CCI ne fait pas l’unanimité et qu’en est-il actuellement ?

En avril, le ministère de l’Éducation nationale et de l’Enseignement Supérieur annonce pour la rentrée 2016 la mise en place du CCI dans plusieurs universités pour en tester le système. Ainsi, les universités de Brest, Strasbourg, Lyon 1, Avignon et Bordeaux réfléchissent depuis plusieurs années à la meilleure façon d’instaurer ce contrôle continu intégral. La direction et l’équipe pédagogique de ces universités pensent que la méthode du contrôle continu intégral est une réelle chance pour les étudiants, car apportant un meilleur suivi et permettant l’apport de solutions dès les premières difficultés. Cette méthode permettrait de diminuer le taux d’abandon des étudiants dès la première année de licence. Cependant, certains sont encore assez sceptiques sur les conséquences de la mise en place d’une telle méthode pédagogique. Une dévalorisation du diplôme et l’absence de rattrapages sont craints. C’est pourquoi la FAGE s’était beaucoup investi dans les négociations avec le ministère de l’Éducation nationale pour permettre une expérimentation du CCI à la rentrée 2016, car les étudiants sont conscients de la nécessité de tester une méthode avant de l’approuver. Mais mi-juin 2016, le ministère de l’Éducation nationale et de l’Enseignement Supérieur est revenu sur ses propos en se désengageant de l’expérimentation du contrôle continu intégral. Malgré son apparente volonté à vouloir tester le CCI, le ministère de l’Éducation Nationale a renvoyé cette décision au prochain quinquennat. Cette décision de ne finalement pas mettre en place cette expérimentation est d’autant plus surprenante qu’elle n’est fondée sur aucun argument.

Le point de vue des géographes

Le contrôle continu intégral permet aux élèves volontaires et investis d’être entre guillemets récompensés de leur assiduité et de leurs efforts. Ce système permet une meilleure compréhension de la théorie par la pratique d’exercices bien différents de la dissertation et de la récitation de connaissances. Une note d’examen de fin de semestre dans une matière ne reflète pas toujours ce que l’on a produit durant plusieurs mois. Un simple hors sujet peut remettre en cause une année de travail. Étudiante en géographie, je vous donne l’exemple des études et des commentaires de carte qui s’appliquent plutôt dans un contexte d’étude de cas plus qu’en sujet de partiel où la globalité du cours doit souvent être prise en compte. Ainsi, le contrôle continu intégral permet d’allier aussi bien la pratique que la théorie dans la notation finale.

Camile Benitah, en 3ème année de licence de Géographie à l’Université de Bordeaux Montaigne

Le CCI représente un très bel outil pédagogique pour nous, étudiants en géographie. Nous sommes régulièrement évalués sur des connaissances nouvellement acquises et cela permet de repérer quelles compétences sont acquises ou pas. En géographie, nous sommes très soutenus par nos professeurs pour repérer et remédier aux non-acquis cependant, je crains des conséquences qu’auraient l’application du CCI dans toute l’Université. Le CCI représente tout de même une surcharge de travail et pourrait fragiliser les chances de réussite de certains, notamment les étudiants salariés. En bref, le CCI en géographie est une opportunité d’améliorer la valeur et le contenu de notre diplôme, mais il ne faut pas en faire un idéal applicable à toutes les filières !

Olivier Sadi, en 3ème année de licence de Géographie à l’Université de Strasbourg