Précarité étudiante et alimentation de qualité, où en sommes-nous ?

La précarité étudiante est multiple et peut notamment engendrer une insécurité alimentaire, en raison de contraintes économiques ou sociales, elle est identifiée comme l’incapacité d’accéder, de manière régulière, à une alimentation suffisante, saine et nutritive. Cela afin d’assurer une croissance normale, un développement régulier ainsi qu’une vie active saine. En d’autres termes, il n’y a pas seulement le critère quantitatif qui compte, mais le critère qualitatif d’accès à une alimentation nutritionnellement riche et durable. Elle peut être de provenance locale, sans pesticides dans le respect des préférences alimentaires et des besoins nutritionnels. 

Une dépendance à un modèle alimentaire peu qualitatif

Selon L’OVE (Observatoire de la Vie Étudiante), en 2023, seuls 52% des étudiant.e.s indiquent avoir eu suffisamment de tous les aliments qu’ils souhaitaient manger au cours des six derniers mois. De plus, selon une étude datant de 2022, portée par le RESES (Réseau Étudiant pour une Société Écologique et Solidaire) et l’association Let’s Food, 22% des bénéficiaires de l’aide alimentaire ont entre 12 et 25 ans. Il est important de souligner que les étudiant.e.s étranger.ère.s sont particulièrement touché.e.s. Selon l’OVE, 16% des étudiant.e.s étranger.ère.e sautent régulièrement des repas pour raisons financières, cela concerne tout de même 6% des étudiant.es français.e.s.

La question que l’on se pose légitimement lorsque l’on se trouve dans cette situation est la suivante : à quel moment pense-t-on à l’origine et la qualité de nos produits alimentaires quand on peine à réaliser plusieurs repas complets par jour ? 

Or, les enjeux de précarité alimentaire et d’alimentation qualitative sont à concilier afin de proposer de nouvelles solutions d’approvisionnement en denrées alimentaires saines et nutritives. Tout cela dans le but de lutter contre l’obésité, le gaspillage alimentaire et contre le modèle agricole productiviste. C’est justement par l’intermédiaire de produits alimentaires issus de circuits courts, nutritionnellement riches que l’on peut collectivement sortir d’une dépendance au système agroalimentaire dominant.

Quelques recommandations

Le Labo de l’ESS, une structure axée sur l’économie sociale et solidaire qui regroupe des experts, définissait en 2020 une alimentation de qualité comme une “alimentation saine pour le corps et pour l’environnement, gustative, composée de produits dont on connaît l’origine, vendue à prix équitable et juste pour les agriculteurs, dans le respect des conditions de travail, accessible pour les consommateurs et porteuse de lien social.” À la suite de leur étude, le RESES et Let’s Food ont établi plusieurs recommandations dont : 

  • le droit à l’alimentation : l’alimentation durable et saine ne devrait pas être un luxe mais un droit car elle concerne la santé de tou.te.s et notamment la réussite académique des étudiant.e.s.
  • des coopérations territoriales multi-acteur.ice.s : intégrer des représentant.e.s étudiant.e.s dans les plans alimentaires territoriaux (PAT)
  • soutien et renfort des initiatives étudiantes qui luttent contre le manque d’accès à une alimentation de qualité: les AGORAé (un projet 100% étudiant d’épicerie solidaire imaginé par la FAGE en 2011), Mangéo (distribution de paniers alimentaires gratuits par Pangéo (Association des étudiant.e.s géographes de l’université Paris Cité) ou encore Geosystem (Association des étudiant.e.s en géographie à Amiens) et son jardin partagé situé sur le campus de la Citadelle à Amiens qui propose des rendez-vous une fois par mois pour jardiner et manger ensemble. 

Pour conclure

Les déserts alimentaires, ou les zones dans lesquelles il est presque impossible de se procurer des aliments nutritionnellement riches et sains constituent parfois l’environnement direct des campus. C’est pourquoi des changements structurels émanant des collectivités territoriales doivent être impulsés afin de favoriser le développement des AMAP (Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne), des épiceries solidaires, des jardins partagés ou encore des fermes bio.

Parce que les budgets serrés ne doivent pas signer la faim des étudiant.e.s. Une autre alimentation est possible, grâce aux fruits d’efforts alliant choix des circuits courts, choix de producteur.ice.s locaux, engagement bénévole, solidarités étudiantes et soutien des acteur.ice.s institutionnels.  

Article rédigé par Manon SIZUN

Quelques sources pour aller plus loin

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