Végétalisation des rues et protection de la nature, quid de la dimension environnementale du care ? 

Le care est une notion phare des travaux et épistémologies féministes en tant qu’il est une expérience économique et intégrale des femmes. Il renvoie à l’ensemble des pratiques qui apportent soin, hygiène, attention à autrui et qui sont nécessaires à une vie en collectivité. Souvent effectué par des femmes, ou des personnes minorisées (racisées, queer, migrant.es , etc), ce travail est dévalorisé au même titre que les personnes qui l’effectuent.

Comprendre la traduction du care dans la Géographie

Pourtant si les femmes et personnes minorisées sont les premières pourvoyeuses de care, en être destinataire (care-receiving) est une expérience universelle. L’éthique du care est donc fortement associée à la notion de vulnérabilité et sa reconnaissance. Nous sommes donc toutes dépendant.es et vulnérables. Or, il y a une dimension environnementale non négligeable dans la production et la reproduction des conditions de vie et de bien-être. Certains associent au soin l’éco-dépendance (soit la dépendance d’une société envers son environnement plus ou moins proche et ses ressources naturelles).

Autrement dit, le care a une traduction spatiale qui ne se limite pas au comportements spatiaux des care-givers (comme leurs mobilités, ou leur assignation à la sphère domestique) et prend donc en compte le soin aux espaces et les différents dispositifs de protection. 

C’est ce que montrent Elsa Koener et Claire Tollis dans leurs travaux en s’appuyant sur la définition de Tronto et Fisher (1990) selon laquelle le care est une activité qui vise à maintenir, réparer, et perpétuer le monde.

Pour aller plus loin

Elsa Koener s’est notamment intéressé aux pratiques des jardiniers urbains et comment celui-ci s’appuie sur une écologisation des pratiques (faire avec la nature) et participe à faire des jardins pour ses usager.ères et celle.ceux qui les entretiennent. 

La notion de care environnemental appliqué aux jardins urbains, et à la végétalisation des villes participe à une évolution de la notion de care intégrée à une (nouvelle) écologie urbaine pour une ville résiliente face aux contextes de crises (ex. dérèglement climatique  et canicules répétées).

Claire Tollis met en avant l’idée que le care envers notre environnement peut être spatialisé à travers les espaces naturels protégés (ENP) ou sensibles (ENS). Ces dispositifs de protection traduisent une forme de dépendance et de sensibilité particulière envers ces espaces. 

Toutefois, ils ne sont que la partie visible du travail de care qui les concerne. Elle cherche à remettre en question la vision gestionnaire de ces espaces pour souligner les actes de soin des acteurs des territoires concernés, qui sont performatifs et s’inscrivent en réseau entre humains et non-humains.

En conclusion

En parlant de care environnemental, la notion s’élargit et n’est plus seulement le travail invisibilisé des personnes minorisées, mais prend une dimension intégrale puisqu’elle englobe tous les pans de nos existences. Cela peut être une critique de la notion puisqu’elle perd de sa spécificité et de sa précision à tout intégrer.

Article rédigé par Léna MOREAU

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Défiler vers le haut